Aïe ça pique !

C’était un beau matin de Janvier… bon ok, il était plutôt midi.

La Nature était belle… bon ok, en fait non, c’était plutôt désertique à cet endroit là.

La Mer était tout aussi belle… si là, par contre oui… Les Alizés avaient soufflé sérieusement depuis 3 jours. Les dégradés de bleu faisaient une palette magnifique.

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En fait elle était plutôt démontée, du coup elle voulait que je sois comme elle en fait…

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Mais pour moi c’est une belle mer: celle où on sort le tourmentin quand tout le monde reste au port.

La houle venait s’écraser au pied des falaises de calcaire de l’ancien récif corallien, sortit des eaux lors du soulèvement de la plaque Atlantique, bien avant que naissent les volcans actuels de Basse Terre. Oui c’était en Guadeloupe.

Ce genre de vague où seuls les plus aguerris scratchent le leash quand les autres restent plutôt à la terrasse et prennent des photos. Bref le genre où moi je n’ai qu’une envie c’est de me jeter à l’eau. Mais pas ce jour là. Ce jour là, juste je randonne.

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En effet je promène la mère depuis 10 jours déjà, en échange de son financement partiel, mais non négligeable, de l’aventure ensoleillée hivernale. Une semaine en Martinique et depuis 3 jour en Guadeloupe. Et ce jour là, elle sature un peu de la verdure, de la jungle et de la forêt tropicale. Direction Grande-Terre. Pointe noire. Rando à partir de la Porte d’Enfer, direction Le Souffleur.

Bonnes chaussures incontournables. Ici le socle corallien calcaire est érodé depuis des siècles par la pluie, les embruns, les vagues. Le sol est hérissé de pointes coupantes. Cela fait penser un peu à ce ux que l’on trouve sur les plateaux calcaires Ardéchois ou du Vercors… mais en pire. La roche est vraiment fractale. Elle ressemble finalement plus à du verre pilé, celui qu’on cimente en haut des murs. Vigilance recommandée pour poser les pieds. Il ne serait vraiment pas bon de se planter en regardant passer une mouette… déjà tomber de sa hauteur là dessus… ça pique rien que d’y songer.

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Ayant prit un peu d’avance sur la madone, qui paressait en chemin à tailler la bavette à deux autres randonneuses croisées en route. J’arrive en tête de peloton, au bout d’une heure et demie de marche, au dessus de la dalle du Souffleur. Sympa ce lieu: Une grosse dalle calcaire qui s’avance au dessus de l’eau. La mer au rez-de-chaussé, toi à l’étage. Une dalle bien sèche, à l’abri des vagues. En réalité une dalle en forme de champignon, érodée par le dessous. Les vagues venant s’écraser sur le pied de cet énorme bolet.

Et moi sur le chapeau du champignon. Rafraîchit parfois par les gouttelettes d’écumes. A mes pieds ces roches en lame de rasoir, poreuses, qui soufflent par intermittence avec puissance l’air et l’eau comprimée sous la roche par les vagues.

J’ai laissé mon sac à dos dans la descente raide qui vient du plateau. Je prends des photos de cette mer hallucinante. Une dizaine de minute sur place puis j’enlève mon T-shirt, mes lunettes, pose le téléphone et me déplace un peu sur la dalle. En prenant le plus grand soin de regarder où je pose les pieds. Ici la roche est vraiment, mais alors vraiment hérissée, déchiquetée, coupante. Devant moi de grandes gerbes d’écumes montent vers le ciel. Une petite pluie fine retombe en faisant des arc-en-ciel à chaque vague. A mes pieds ça bouillonne et ça souffle des geysers. Irréel.

La Madone et les deux randonneuses à la traîne viennent d’arriver au sommet de la falaise, derrière moi. C’est alors qu’un Neptune en colère me rappelle sa présence: Une gerbe d’écume plus importante que les précédentes ne se contente pas de me rafraîchir de sa pluie fine. 20 centimètres d’écume roule sur la dalle, masquant les reliefs de la roche hérissé. Oulà ! je me dis que ça serait très con si c’était en permanence comme ça: ne plus voir ou poser les pieds et c’est la boulette assurée! Pas moyen de se rattraper, de poser les mains en cas de chute. Héhé ! ça serait vraiment très con !

Deuxième vague, deuxième rivière d’écume blanche à mi-mollet cette fois…

Doute.

Je ne devrais pas rester ici, ça va être chiant de retourner en arrière si je n’y vois pas où poser mes pieds. Mais pour le moment c’est totalement impossible. Le temps que l’écume s’en aille, une nouvelle vague submerge à nouveau la dalle.

Re-doute.

Mais bon pas de panique. Cela fait bien 20 minutes que je suis sur ce promontoire rocheux, jusque là y’avait pas de vagues par dessus. Ce ne sont que 3 vagues qui écrètent un peu. Une grosse série de passage. Encore une ou deux à ce régime et je serais à nouveau totalement au sec. Je fais quelques pas entre deux vagues quand je vois où mettre mes pieds. Je recule d’une dizaine de mètres.

Putain de merde, décidément c’est vraiment casse gueule. Fais pas le con Loïc. Arrête de marcher dans ces lames de rasoir. Reste là, attends 2 secondes, va pas de tauler. Surtout que les vagues d’écume m’arrivent bientôt au genoux et manque de me faire basculer.

Ok. Stop, on arrête. On reste là. Je m’accroupis pour éviter de tomber de ma hauteur. Je cale mes pieds comme dans des starting-blocks et m’agrippe aux crêtes rocheuses, face à l’arrivée de l’écume. A ce moment là je n’ai aucune crainte. Je suis bien calé là.

A repenser ce moment pour le narrer, 2 mois plus tard, j’ai le ventre et la gorge qui se serrent, le rythme de ma respiration s’acélère, je sens mon pouls qui tape dans les jugulaire de mon cou… l’adrénaline revient… Je n’avais pas peur à ce moment là. Désormais quand j’y repense, que j’en parle ou que je l’écrive : je ressens la peur… Je sais ce qui va se passer dans quelque instant.

Je me prends une vague de face. Ca y est, j’ai l’eau à hauteur de bassin. Non, ça ne baisse pas. Au contraire la hauteur des vagues d’écume augmente à chaque fois. Encore une. À hauteur des épaules. Il me faut me retenir avec force, j’ai l’impression de bourriner comme jamais je n’ai bourriné. Je n’ai pas le temps de réfléchir, ni de penser entre deux vagues. Instinct de survie. Ze-nifier. Me préparer à la suivante. Ça y est, là,la première à me passer totalement dessus. La tête sous l’eau.

Pré-science. Ça va mal se passer cette affaire. Une de plus. La dernière.

Réflexe. Proprioception. Ça y est, c’est celle là qui va me faire lâcher prise, je le sais avant même qu’elle me tombe dessus. Je ne peux pas retenir la poussée de l’eau. En une fraction de seconde mon corps passe d’une tension intense afin de tenter de m’agripper de toutes mes forces à un relâchement total. Ça y est, j’ai lâché. En une fraction de seconde, le temps de passer de la position agrippée à mes cailloux, à celle plus ou moins horizontale, à l’envers ou que sais-je, emportée par la vague… moins d’une seconde sûrement. Et pourtant, les yeux fermés, au cœur de l’écume. Je deviens un chamallow, tout mon tonus musculaire se relâche. J’en ai conscience, mais c’est mon corps qui parle. Je n’ai pas choisi de lâcher, je n’ai pas choisis de me relâcher. La frappe de la vague m’aurait-elle mis un petit KO? Cet instant passe au ralentit. Je sens mon corps basculer. Prendre de l’angle. Je sais que je vais toucher ces putains de cailloux. Je sais que ça va faire mal. Que ça va être très sérieux. J’attends la douleur qui va bientôt arriver. Je sais que ma chair va se déchirer. Je sais que si un bras ou une jambe se coince dans les roches, l’effet de levier va me briser les os, comme du verre. Je vais taper très fort. Je me dis que la suite va être très dur à gérer… les dixièmes de seconde qui passent sont une éternité.

Ça y est. Ma jambe gauche à touché en premier. Une douleur électrique remonte de ma jambe. Mais tout de suite, je tape le dos, je bascule en arrière, je sens la tête frapper la roche. Je sens ou ressens comme lorsqu’on brise des brindilles, des branches sèches… ça craque, ça déchire… je ressens plus ces vibrations dans ma chair qu’une quelconque douleur qui ne viendra que bien plus tard.

(je fais une pause dans mes écrits là… je vais faire un tour… je reprendrais plus tard. Je revis cet instant en l’écrivant. Il faut que j’aille prendre l’air. J’ai mal. J’ai les yeux qui retiennent quelques larmes…)

L’écume se retire, je me relève très vite, sans même y penser. Je marche sur l’eau, je m’éloigne au plus vite. Par réflexe, je porte instinctivement mon bras gauche en écharpe. Un engourdissement bien plus qu’une douleur au niveau de l’épaule. Une forme inhabituelle. Je sais à ce moment là que l’épaule ne va pas bien. Je ne ressens pas une douleur insupportable, je pense jusque que c’est le choc. Une contusion, une entorse peu-être. Je lève les bras en Y pour signaler aux trois silhouette en haut de la falaise que j’ai besoin de secours…

Désespoir. Je les vois me faire « Coucou » de la main et des bras…

OK. Je vais devoir gérer ça seul.

Je retourne vers mes affaires. Il y a le téléphone. Ça y est, la douleur est là. Un fond lourd, une note de basse, profonde, oppressante, qui comprime le corps. Les muscles contractés par instinct sûrement. Une tension de tout le corps. Et des nuances aiguës, électriques, des étincelles qui te transpercent, qui circulent au travers de ton corps. Mais à ce moment là, il y a la douleur, et il y a moi. Mon corps et moi. Je ne suis pas mon corps, il est détaché de moi, il est à coté. Je vois la douleur et mon corps plus que je ne les ressens. Ma tête prend le contrôle de mon corps. Je sais que c’est ma tête qui va me faire tenir. Qui me fait tenir. L’adrénaline coule en grand flot dans mon corps. Je sais qu’elle va me faire tenir le coup. Je retrouve mes affaires. Je m’accroupis.

J’ai levé le bras pour appeler à l’aide. L’articulation de l’épaule n’est pas bousillée donc. Mais il a clairement un soucis, je n’arrive pas à bouger le bras gauche. Il est déjà carmin de l’épaule à la main. Le sang recouvre tout mon bras gauche, il goutte de plus en plus au bout de mes doigts. Une plaie déchirée et profonde lacère ma paume gauche. J’y vois les différentes couches internes… les fibres musculaires…

Faire un bilan rapide. Je ne suis pas tombé dans les pommes. Enfin je ne crois pas. Non. J’ai peut être fait un black-out d’une fraction de seconde à l’impact de la vague… mais non, je n’ai pas eut de perte de conscience. Au contraire. Je suis en train de faire mon bilan perso, réflexes du CFAPSE. Je sais où je suis, comment je suis arrivé là, ce que je fais là, le jour, l’heure, qui je suis… j’ai toute ma tête. Ma tête ! Elle à tapé. Je me mouche. Pas de sang. Je passe ma main droite dans mes deux oreilles. Pas de sang… je ne fais pas d’hémorragie… pour le moment. A priori pas de gros traumatisme crânien pour le moment. Je passe ma main droite sur mon crâne. Douleur électrique. Je sens des trous du bout de mes doigts à de multiples endroits du coté gauche. Ma main droite est couverte de sang. Ok.

Je descends. Rien à droite. Tout à gauche. Épaule ouverte à plusieurs endroit, ça à l’air profond mais le sang qui comment à couler masque tout, de la moitié du bras jusqu’au coude, je n’ai plus de peau…. Accroupie, tête penchée, sous mes yeux mon tibia gauche m’offre une plaie béante. Large comme 2 à 3 de mes doigts, de la longueur de ma main. Elle est profonde. Je pourrais aisément y glisser un doigt. Elle commence seulement à saigner, ça ne va pas durer à ce rythme. Je prend mon T-shirt et le noue avec force autour de cette plaie. Cela me fait mal, mais je n’y porte plus aucune intention. Je me dis alors que si les autres plaies au crâne et au dos sont de l’ampleur de celle de mon tibia, c’est grave. Je n’exclue pas des conséquences cachées, internes. Pour le moment l’instinct de survie et surtout le torrent d’adrénaline qui coule en moi me font tenir le coup. Je prévois que ça risque de ne pas durer éternellement.

Il va me falloir des secours. Je prends le téléphone. 15…. « Bonjour, veuillez patienter, vous allez être mis en relation avec les services de secours…. Bonjour, veuillez patienter, vous allez être mis en relation avec les services de secours…. »… combien de temps cette voie s’est répétée… 1 minute ? Cela m’a semblé une éternité.

Je raccroche.

Ok. Cette fois encore ça va être à moi de m’aider.

Je ne peux pas rester là. Si ma situation se dégrade, le lieu peut-être dangereux. Je ne peux pas m’asseoir ni m’allonger sur ces roches. Mon sac à dos avec ma trousse de secours n’est pas si loin. Je me lève. Et je marche vers mon sac. J’y suis. Je tiens le coup. Pas de chute de tension. Pas de coup de mou. Je lance mon sac sur mon épaule droite et j’attaque la pente qui remonte sur la falaise. Je dois me rapprocher du chemin. Je ne pourrais pas me faire les bandages seuls. Si je tombe dans les vapes, je vais avoir besoin d’aide, ici ce n’est pas le lieu. Je remonte sur le plateau de la falaise.

Les trois personnes devant moi on tout vu de l’événement. J’avais totalement disparu dans l’écume. Elles étaient persuadées que s’en été  finit pour moi. Je suis couvert de sang, de la tête aux pieds, on me suit à la trace, je sème des gouttes carmins comme le petit Poucet. Mon T-shirt blanc, noué autour de ma jambe est rouge. Mon short imbibe ce qui ruisselle de mon torse et de mon dos. Mes chaussettes sont également souillées. Je patauge dans un jus de chaussettes d’eau de mer et de sang. (je vous passe l’odeur des pompes en fin de journée à la sortie des urgences… de l’inédit… pour ceux qui ont visité un abatoir, ça doit leur parler un peu…)

L’une de ces trois personne c’est ma mère. Elle aussi à son coup d’Adrénaline, mais par contre, elle, ça n’aide pas à aller mieux… c’est n’importe quoi. Je lui demande d’appeler les secours à nouveau. Histoire de la focaliser sur autre chose.

Je m’assieds à l’ombre au milieu du chemin. J’ouvre ma trousse de secours. Bandages compressifs, compresses, bandes, désinfectant, écharpes. J’attaque la jambe. Je demande aux deux randonneuses de me dire à quoi ressemblent les plaies de mon dos et de ma tête… bon ok, mauvaise question… manque d’objectivité. Je leur demande d’enlever des plaies les corps étrangers. Il n’y a rien. Elles nettoient un peu au sérum physio, puis opération bandage compressif partout.

Ma mère arrive enfin a avoir quelqu’un au téléphone. J’entends son discours décousu et paniqué. Je lui demande fermement de me passer le combiné. Je fais le bilan et situe le lieu. Je devrais être évacué. Au brancard ? 1H30 de marche avant la route… je pense déjà à l’hélico.

« Veuillez patienter, je vous passe directement les pompiers…. »

J’attends… rien pas de tonalité… rien… longtemps.

Je raccroche.

Fuck !

On finit d’abord les pansements. Je vais en avoir pour un bout de temps ici avant de voir arriver les secours. Je trouve un coin d’ombre où je peux m’allonger. Je pose ma cape de pluie sur le sol. Un oreiller avec mon sac à dos. Je demande à ce qu’on m’apporte une grosse pierre pour avoir les jambes en position haute. Ma mère ramène un parpaing. Le laisse tomber sur le bout de pied d’une de mes secouristes improvisées.

Ça va, je suis bien installé. Je retente le 15. Rien. Le 18 rien…. bordel les Antilles… c’est le sketch. Il est 12h30/13h… c’est l’heure de l’apéro, de la bouffe ou de la sieste. Bordel !

La gendarmerie ! Mais bien sûr ! Des militaires ! Des métropolitains. J’appelle. Ça décroche. Ouf. Et ça percute. Mis en relation directe avec les pompiers qui sont déjà partis. Ils sont en route.

12h30/13h… 1h30 de marche du parking… plus la route pour venir. J’en ai pour 1h30 à 2h d’attente ici…

Ça y est, l’adrénaline commence à m’abandonner… là je commence à re-rentrer à nouveau dans mon corps. Cap y est, la douleur est bien là. Elle monte. Je ne suis que douleur. Je ne la vois plus de loin désormais… je la vie, je la vois, je la sens… Je suis à nouveau mon corps. J’ai mal.

Je commence à travailler sur moi : travailler sur la gestion de ma douleur. Garder l’esprit clair… ne pas me laisser partir… ça commence un peu. Je demande à manger des trucs sucrés. Boire. Je me concentre sur ma respiration. Vaillant grand ! Vaillant !

Tu connais cette sensation de « partir » ?

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Genre heu… genre oui ! Genre quand t’es gamin et que t’es super malade en voiture… tu sens le truc monter… à chaque virage, tu commences à plonger un peu plus… tu vois le truc ? Et là tu te focalises sur ta respiration, genre « ça va aller… ça va aller »… mais ça va pas… ça va de moins en moins, mais t’arrive à tenir le coup… un peu.

Ou bien les fins de soirées, grosse biture où vraiment t’as pas vu le verre de trop passer… et que ça monte, et que tu pars… ou bien quand tu vas te coucher et que ça tourne… que t’éteins la lumière et que ça tourne encore plus vite… dans l’autre sens… et que tu commences à te concentrer sur un truc… en te disant « ça va aller… ça va aller ».. mais ça va pas… ça va de moins en moins, mais t’arrive à tenir le coup… un peu.

Ou bien quand tu te lèves trop vite de la chaise ou du canapé dans lequel tu étais vautré… et que t’as cette grosse chute de tension. Le voile noir qui te tombe dessus… et que tu sais pas si tu vas tomber tout de suite ou juste après… et qu’alors tu travailles sur toi même… tu marques une pause, tu rentres en dedans de toi, en te disant « ça va aller… ça va aller ».. mais ça va pas… ça va de moins en moins, mais t’arrive à tenir le coup… un peu.

A ce moment là, je sais que je suis embaumé, enguirlandé, momifié. Que j’ai réglé le problème des plaies. Qu’il va falloir un atelier couture important pour tout ça. Je sais que l’épaule à un gros soucis parce que ça bouge plus du tout désormais. Je sais que les services de secours sont en route. Je pense qu’ils vont mettre une bonne heure, une heure et demi à arriver. Plus l’intervention sur place, le bilan, plus l’évacuation… Je sais que je vais en avoir pour un bout de temps. J’ai paré aux urgences. Les plaies sont ok… mais pour le reste, je ne sais pas. La tête ? L’intérieur ? J’ai mal au dos, aux côtes.. est-ce que j’ai un truc cassé ? Est ce que dedans tout est en place et en un seul morceau ?…

Et puis, je me sens partir là… J’ai beau tout mettre sur la respiration… j’ai beau penser à Épicure et au Tétrapharmacon… j’ai beau… le corps est en train de partir là… je commence a avoir des fourmis dans les mains, plus de tonus dans les bras, les contrastes s’estompent… je pars…

http://youtu.be/73STisPpj2E

Pour les rares qui ont eut des discussions « fondamentales » avec moi, j’avais dit que je ferais pas long feu ici bas… La D71 est déjà prévu… ou d’autres alternative. Mais à cet instant là :

Non, non, non non… pas là. Pas maintenant. Pas ici. Pas comme ça. Non je suis pas d’accord.

A ce moment là, je me sens partir. J’ai beau faire, je ne contrôle plus… Comme le jour de mon choc anaphylactique… quant tout part en couille… mais dans le même temps, quelque chose germe en moi. Ce n’est plus mon mental qui commande, quelque chose d’autre prend le dessus sur le corps. Une Volonté que je ne connaissais pas, que je ne contrôle pas.

Non ! Pas maintenant ! Je ne veux pas ! Je ne suis pas d’accord ! (comme dans « Lola rennt », ou « Cours Lola »… enfin un film à voir quoi)

Je n’ai pas finit. Il y à encore des choses à faire, des choses à dire. Il y a des choses en cours.

Non !

Je remonte soudainement.

J’ai demandé qu’on me file mon téléphone. J’avais une chose à dire à quelqu’un. Je ne lui avais jamais dit jusque là. C’était pourtant clair pour moi. Là quelque part, en moi. Ca doit être remonté sous le choc, sorti par une de mes plaies jusqu’à moi. C’est là. C’est évident. A ce moment là, je n’avais que ça en tête. Juste quelques minutes, juste pour ça. Le dire, l’écrire… peut importe… que ça soit su… après advienne que pourra… mais pas avant ça… Elle est trop importante pour moi. Ce que j’ai à dire l’est tout autant.

C’était fait. C’était bon. Je l’avais dit… il le fallait.

Je fixe mon attention et ma volonté sur ça alors… je me dis qu’il faut se raccrocher à quelque chose

« Pourquoi sauver la vie, quand on voit ce que vous en faites » (je vous laisse le soin de retrouver la référence…)

Pour ça oui… ça ça vaut le coup. Là j’y ai à perdre. Là j’ai peut être des choses à trouver. A gagner. Ou pas… mais ça, ça vaut le coup…

Ho Bouddha, Grand Maître Zen !

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Peu de temps selon moi… ou bien peut être plus finalement. Mais à ce moment là, le temps n’existe plus. Il y a la douleur qui ne fait que monter, qui remplit ton corps, au point de ne plus trouver une position supportable allongé, ni assis… ni rien d’ailleurs… et puis il y a cet effort physique pour supporter la chose. Il y a la respiration, consciente, profonde, rythmée, abdominale… pour garder le contrôle de soi… et il y a le cerveau, accroché, focalisé sur une idée… celle qui fait que tu tiens… que tu ne plonge pas…

Et puis les pompiers arrivent enfin. Je ne sais pas qu’elle heure il est. Depuis quand attends-je ?

Et là, c’est le début du sketch… ayant le CFAPSE, je me suis dit « Chouette ! Ça y est, une inter’ vécu de l’intérieur ! Aller c’est bon, je peux tourner de l’œil maintenant… »

Le chef d’inter’ me demande ce qu’il m’est arrivé. Genre à ce moment là, je suis déjà emballé dans les compresses et les bandes, écharpe, couverture de survie. Je lui raconte l’événement, les soins effectués, je fais le bilan a priori de mes soucis… Les pompiers hallucinent : « Mais vous êtes remontés comment d’en bas ? Tout seul !!!!??? », « mais qui vous a fait ça ? Les bandages ? Hein !! Vous et les gens là ??? Mais avec quel matos ?? Le votre !!??  Non mais vous êtes un guerrier vous ! »

… oui je crois oui…

Mais là, je paye mon halu… les types font pas de bilan… le chef d’inter demande à un des types de prendre mes constantes. Le petit jeune tente de me prendre le pou au poignet. « Heu si je puis me permettre, prend la à la carotide, parce qu’au poignée, chez moi, tu trouveras jamais… », le type confiant « Non ne vous inquiétez pas, ça va aller ! »… 20 secondes après finalement il décide de le prendre à la carotide…

« Alors ? » demande le chef d’inter qui vient de relever les coordonnées GPS du lieu

« 28 ! » réponds le petit jeune…

28 !!! Je regarde le petit jeune, il me regarde, je regarde le chef d’inter, on se regarde, on regarde le petit jeune

« Ok, bon, mets lui la saturation, on verra »

… Bon finalement j’ai mit moi même la pince sur mon pouce, le petit jeune galérait un peu.

Saturation 98%, pulsation 68

« Haha ! Dit donc vous êtes un costaud vous hein ! … Dit donc vous avez bien faillit y rester là… parce que ça craint en bas ! Et vous êtes remontés tout seul !!! Heyhey sacré gaillard ! … et en plus vous avez fait ça vous même !… Sacré gars va ! Vous êtes pas passé loin de la mort ce coup là hein !»

Oui… oui… ta gueule… fais ton boulot là parce que moi je suis au bord du bord là…

Genre ils sont là depuis un quart ou une demie heure. Pas de palpation, pas de maintien tête, pas de collier cervicale… rien… Ou alors c’est que je suis trop funky… ils se disent que je suis un guerrier…

« Bon allez, on va vous amener au camion, on est garé à 30 min ! »…

Hahaha… non ça je crois pas les gars, là je tiens le coup à bout de bras, si je me lève je garanties rien… et 30 min en plein soleil, je vais casser ma pipe. Vous voulez m’amener au camion ? Déjà ça va être collier cervical, matelas coquille et brancard par le chemin… et je vous préviens je frôle les 90 kg… c’est vous qui voyez mais moi je pense que c’est l’hélico…

« Heu… » moment de doute… coup de fil…

« Bon finalement ils nous envoie l’hélico »

Alors en Guadeloupe, il y a un seul hélico pour toute l’île pour les opération de secours et de sauvetage. En Martinique aussi, il n’y a qu’un hélico… et en fait souvent il n’y a qu’un hélico pour les deux îles… parce qu’entre la maintenance et les pannes… bref… sauf que les deux îles, elles sont pas à coté… Donc du coup, les hélicos ils sont pas toujours là… et qu’en fait ils sont donc pas dédiés à toutes les interventions.

« Vous avez de la chance, il y a encore 15 jours, l’hélico il serait jamais venu pour une intervention comme celle-ci ! »

Ha bon ? Et il aurait fallu quoi ? Que je ne puisse plus marcher et que je sois en arret ???

… oui bon non, finalement je préfère pas savoir….

Attente…

« Alors il fait quoi l’hélico ? », « je sais pas… », « Tiens t’étais déjà venu ici ? », « Moi non ! », « ha bin moi je suis déjà venu y’a 3 ou 4 ans avec ma belle sœur… », « ha oui tiens ta belle sœur comment elle va ? », « ça va, pani problèmes, on s’est vu ce WE. Et tiens ! T’as fait quoi ce WE du coup ? »…

genre tranquille les pompiers aux Antilles… photos du paysages avec leur HTC…

« ça va Monsieur ?! »

… ouais… enfin pour le moment on fait aller…

« Aller reprend lui ses constantes … Combien ? 100% et 65 ?…. HAHA vous êtes un sacré gaillard vous hein !!! »

Oui… oui… tapez moins fort sur l’épaule hein… ou alors plutôt sur la droite…

« ho pardon …»

Ha bruit d’hélico… il tourne autour pour trouver un endroit où se poser… On demande de me lever… oui je peux, enfin je crois (toujours pas de bilan, ni collier cervicale hein…) on marche un peu. En fait non l’hélico pourra pas se poser. Ça sera l’héli-treuillage. Yes !!!!

Je me rassieds. Le pompier en face de moi filme l’hélico, me filme ..

« Hey ! Alors ça fait quoi d’avoir un tour d’hélico ?! Allez un sourire pour la caméra ! »

… non mais je suis où là ???… est ce que je vais finir sur Youtube ?

A ce moment le chef d’inter à un flash.

« Non mais les gars là ! Mettez lui un collier cervical… »

Genre un flash quant à la procédure ? Le soucis de voir débouler un toubib dans l’hélico ? Mystère…

Descente de la nacelle et du type de la grosse abeille en métal.

Je m’allonge dans la barquette… ha merde… pas le même gabarit. Je suis trop grand. Elle m’arrive à mi mollet… ok… c’est pas grave

(toujours pas de matelas coquille hein… je précise…ni bilan)

Treuillage… passé les patins… portes… ha merde oui ! La barquette rentre par la porte… mais la barquette plus 40cm de tibia et de pied qui dépasse, ça rentre plus. Problème de taquin : Comment qu’on fait rentrer le truc ? Le type tente de basculer la barquette pour prendre de l’angle et me faire rentre dans le ventre de la grosse guêpe. Je me retrouve avec les pieds contre la porte, à faire des petits pas de coté pour tourner la barquette.

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Je suis rentré. Sanglé de partout. Casque antibruit sur les oreilles… et le type commence à me parler. Tooocardddd !!! tu viens de me mettre le casque antibruit et j’ai les bras sanglés sur la poitrine !!!!

Bon finalement j’ai dit « OUI OUI CA VA ! » parce que de toute façon j’avais pas comprit la question et aussi un peu parce que lui aussi avait le casque antibruit…

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Alors l’hélico c’est comment ?

Bin en fait tu vois rien de chez rien…. si… t’as le temps de lire tout ce qui est écrit en anglais et en français à l’intérieur de l’hélico… « procédure d’hélitreuillage. Petit 1 :… »

Atterrissage. Ouverture porte. Désanglage. Chariot, ambulancier.

« Hey attendez ! Le collier cervicale ! »

Je le descratche..

« NON HEYY NON !!!! » flippe l’ambulancière…

Non mais ils me l’ont mit à l’approche de l’hélico après 1h pour avoir bonne conscience, si j’avais un trauma à ce niveau là, je ne serais déjà plus là… ou pas dans cet état…

CHU de pointe à Pitre, Urgences, Admission, numéro de sécu.

Sur un chariot dans le couloir… bondé le couloir des urgences…

Mais là, je me dis ça y est… enfin un peu de sérieux. Je vais avoir un bilan. Un médecin qui va faire l’état des lieux. Une fiche de priorité et voilà… parce qu’il doit être 15h30, ça fait 3 heures et j’ai pas encore eut un seul bilan médical…

J’attends…

Rien…

Personne….

Entre les pompiers, l’hélico, l’ambulance, y’avait de l’action… là plus rien… chaque seconde qui s’écoule me semble être une minute, une minute être une heure…

Je commence à vraiment ne plus pouvoir gérer ma douleur. Je suis dans ce couloir au milieu de plein de gens qui m’ont l’air d’aller bien. Moi je suis bandé des pieds à la tête sur la moitié du corps, les bandages sont pleins de sang coagulé. Je n’arrive pas à trouver une position qui soit moins douloureuse que les autres… J’attends…

Une heure peut-être. Personne…

Ça y est, ça fait 3 ou 4 heures que je tiens avec uniquement ma tête. Là je craque. Je ne gère plus du tout ma douleur là… Ferme les yeux. Yoga. Respiration alternée. Compression alternée des narines. Contrôler. Le poids de mon corps sur ce chariot. Les pieds. Relâcher. Les mollets, relâcher… s’enfoncer peu à peu… de plus en plus lourd… inspirer, expirer… dans du coton…. Une plage… Mon île… le ciel, les palmiers… les odeurs… inspirer, expirer…

Mais la méditation ne marche plus à ce stade… j’essaie encore… la respiration… tout est dans la respiration…

Je commence à trembler… je pleurs… ça y est, je maîtrise plus rien là. J’ai trop mal.

Une infirmière me voit dans cet état.

« Oullààà vous ça va pas bien là… ! »

Non ça va plus tu tout là… ça va faire 4 heures que je gère le truc là… mais là je gère plus là… ça va faire 4h, ce que vous voyez sur moi, c’est moi qui me le suis fait. J’ai eut aucun bilan, à aucun moment… là je gère plus ma douleur… là je peux juste plus.

« Ok,je vais vous rentrez au niveau des box et je vais vous sédater un peu »

… oui bin je préviens de suite que vous allez galérer pour trouver la veine…

« Heyhey vous inquiétez pas pour ça va ! On a l’habitude ! »

Bon finalement après m’avoir labouré le bras, tenté en vain sur la main, trop niquée pour ça, retour au plis du coude…. ça y est j’ai une perf… et un hématome les 15 prochains jours….mais finalement plus que la légère sédation, je remonte la pente car ça y est, il est 16h30, enfin je suis devant les box et les médecins qui me voient pour le première fois se dise que je mérite plus d’attention que la cheville foulée, les 3 points de suture en cours ou la gastro de mamie…

« Hey mais c’est vous qui êtes arrivés en hélico ?!! Wouhaouu mais vous êtes bien arrangé là ! Vous avez eut chaud il paraît ! Allez faites nous voir tout ça !»

Je ne bouge plus l’épaule gauche, difficilement le coude, la main ça rame et la mobilité des doigts c’est super léger. Pas de suspicion de trauma crânien… Radio

Bon, fracture de l’omoplate. Envoi de la radio à l’orthopédiste…. concertation avec le chef des urgences… Pas besoin d’opérer

« Vous avez de la chance ! Heyhey (imaginez l’accent créole)… de toute façon y’avait plus de place à l’hôpital »… je sais pas comment je dois le prendre…

Allez, déballez moi tout ça, nettoyage des plaies qu’on voit ce qu’il y a à recoudre. Injonction énergique du chef des urgences aux 4 étudiants en médecine en 3ieme année.

« Wouhaaa !! ha oui quand même !!! Z’avez vu ça ? Venez voir !! »

Défilé de tuniques blanches et bleus au dessus de mon petit corps…

« Whouhou ha ouais c’est profond quand même ! »

« Rhooo t’as vu on dirait que c’est coupé au cutter ! C’est super net »

« Oui mais c’est profond »

« Oui mais c’est net ! Regarde comme on voit bien les différents tissus… regarde là, la main on voit même les fibres musculaires »

« Bin c’est ce que je dis, c’est net »

« Ouais c’est surtout vachement profond quoi »

« Hey les gars ! Alors il est où Le Souffleur ??  Il paraît que ça vaut le détour ! »

« Il est là… c’est le monsieur »

« Ha !? Ho pardon… Bonjour monsieur.. »

« Ho la vache, z’avez vu la tête et au niveau de la colonne… rhorhorho !!! il a eut un sacré bol de cocu le mec…. heu enfin je veux dire… vous avez eut beaucoup de chance Monsieur, vraiment beaucoup de chance … hum… »

J’ai droit à la visite de tout l’étage… tout le monde hallucine de mes plaies…

« Houwouwou bin mon Monsieur hein ! Wouwouwou ! Seigneur ! Vous avez le BonDieu avec vous hein ! Wouwouwou, zavez du faire des choses bien par le passé ou alors c’était pas l’heure, vous avez encore des choses à faire. Amen hein!… parce que là vous zêtes pas passé loin… Mondieuw ! A lala j’ai mal pour vous hein!» (je fais vachement mal l’accent créole par écrit)

Bon après les médecins, les étudiants, les infirmières et enfin les aides soignantes… après m’avoir tous bien fait comprendre que j’étais passé pas loin de la vie….

Heu mais sinon on va peut être s’y mettre là… Z’avez pas dit « recoudre »

« Ha oui ! Hey ! Les étudiants là ! Allez hop ! Nettoyage ! Points de suture !! Y’a de la coûture ! HaHaha… Ho pardon… Allez si vous voulez finir à 15h comme c’est prévu… Hein quoi ? Il est déjà 17h ?! Bin oui c’est ça l’hopital !»

Haha. La sédation fait son effet. Je suis funky. On plaisante pas mal avec les externes. Jolie étudiante par ailleurs. Je sais pas j’ai toujours eut le béguin pour les miss du milieu médicale, surtout les infirmières… mais alors pas du tout pour le coté « fantasme blouse blanche »… rien à voir… juste passer sa vie à soigner ceux qui en ont besoin, avec des horaires de fou et des conditions de travail où il est dur de garder une once de poésie et en plus à chaque fois c’est des crèmes de chez crème… moi ça me touche, c’est des princesses… bref…

1h… 1h30 pour tout débander (je parle des pansements hein !…) , couper les bouts de peau nécrosés…nettoyer à l’éponge de bloc…

Vous vous souvenez de la brosse de bloc (cf « juste pour quelque sourires ») ?… bin celle là c’est sa petite sœur plus light… je préfère, parce que l’autre quand j’y repense, j’ai encore mal au genou.

Repassage du chef des urgences et du médecin urgentiste.

« Bon alors ça c’est couture, ça aussi, ça oui, ça non… et tout ça là. Allez au boulot »

On attaque par l’épaule. 4 points à faire. 4 étudiants. Chacun un.

« Ha ? Tu fais comme ça toi ? »

« Bin oui pourquoi tu fais quoi toi ? »

« Moi perso j’aurais commencé plutôt de ce coté là »

Au bout du 3ieme point, par la troisième personne, je pose la main sur la cuisse de l’étudiant à ma droite : Si je serre c’est que je vais bientôt tomber en avant… ai-je bredouillé. Grosse chute de tension. Grosse hypoglycémie.

« Votre mère est arrivée aux urgences, vous voulez que je lui demande de vous acheter un truc à manger ? »

Oui ! Sucre ! Coca et/ou barre chocolaté… n’importe… sinon tu peux aussi brancher une perf de glucose…

Et là j’ai adoré voir ce qu’il m’a ramené. Heu ? C’est ma mère qui a acheté ça ?

« bin oui. Pourquoi ? »

Y’avait que ça ?

« Bin non c’était un distributeur avec plein de truc, j’étais avec elle, elle vous à prit ce que vous aimez… enfin c’est ce qu’elle a dit, pourquoi ? »….

Parce que je hais les Snikers… je déteste…. j’ai toujours détesté… juste je supporte pas ce goût de cacahuète… depuis tout petit… y’en a c’est les haricots verts… moi c’est les Snikers !

Et c’est là que tu te rends compte à quel point tes parents sont les gens qui te connaissent le moins au monde… Soit c’était choisi à l’arrache… bon mais déjà là… mais connaissant ta mère, tu sais qu’elle a réfléchit au truc « Ha ! Je vais lui prendre ce qu’il aime bien ! Tiens oui ! Un Snikers ! »…

Bref… moment de solitude…

4ieme point de suture… ça doit bien faire 30 min qu’on y est. Retour du chef des urgences. Pétage de câble… « non mais quoi vous en avez fait que 4 ???!!! Mais vous avez vu ce qu’il y a à recoudre on y est encore à 22h là !!! Allez dégagez moi tout ça ! Champs stérile ! Fil de 4 allez hop ! »

Aïe ! En fait c’est ça… les étudiants faisaient trop de relationnel eux… lui non. Il me défonce à chaque point mais en moins de temps que les 4 points des étudiants, j’en ai 6 en plus sur la jambe, 6 dans la main et une vingtaine sur le crane…

Anecdote. En piquant dans la main pour l’anesthésie locale, j’ai pas senti la piqure de l’aiguille dans la paume, là où celle ci se trouvait bien… mais au bout de l’annulaire… Un mois plus tard je n’avais toujours pas du tout de sensibilité dans la dernière phalange de ce doigt… 2 mois plus tard, ça va mieux mais il reste quelques fourmis… Il a piqué dans le nerf… hahaha ! Le con !

« Ça va monsieur ? Ça fait pas trop mal sur la tête ? Parce que moi sur le crâne, ça je peux pas tenir »

Ta gueule l’étudiant, ta GUEULLLLLEEE !!! Je pleurs pas, je sue des yeux !!!!

Il est 19 heures… Fin de l’atelier couture : « Allez, infirmières, aides soignantes, nettoyage, bandages ! Rafistolez moi tout ça ! »…

… 20h… « Mawie Théwèse ! Mawie Théwèse ?! »

« Wouiwouiwoui ! WoulaWoula… qu’est ce qui se passe là ? »

« C’est pour le Monsieur là qui c’est qui s’occupe de lui ? »

« haaaaa nonononon ! C’est pas moi… on avait dit les jours impairs… »

bref tu connais le sketch…

…22h… fin des pansements…

« Mais il est encore là lui !!!! Mais vous allez me libérer le box !!! Il est là depuis 15h30 !!! Allez, faites lui un Charlier (?), maintient de l’épaule et hop dehors dans 5 min »…

….

….22h45…

« Mawie Théwèse ! Mawie Théwèse ?! »

« Wouiwouiwoui ! WoulaWoula… qu’est ce qui se passe là ? »

…. bref

23h Sortie des urgences…

Etat des lieux depuis bientôt un mois

Physique / Médical:

*6 pompiers,

*1 hélicoptère,

*1 ambulance,

*3 médecins,

*1 radiologiste,

*4 étudiants en médecine,

*3 infirmières aux urgences.

*1 perfusion et hématome de 15 jours en cadeau,

*1 prise de sang et hématome de 8 jours … ça progresse,

*8 heures aux urgences.

*35 points de suture (6 tibia, 6 main, 3 épaule et le reste sur la tête) durant 15 jours.

*déjà 42 heures de soins infirmiers à domicile,

*3 généralistes,

*un orthopédiste.

Environ

* 825 mL de Bétadine Rouge,

*200 mL de Bétadine Jaune

*2400 compresse de 100cm2, soit environ 24m2

*500 compresses de tule gras soit environ 5m2

*2 Litres de sérum physiologique

*78 bandes extensibles de 4m, soit environ 310m

*55 pansement d ‘au moins 140cm2

*35m de Sparadra extensible

… et c’est pas encore finit

Mobilité :

*6 semaines d’inactivité forcé dues à la fracture

*1 semaine pour arriver à se coucher et se lever d’un lit sans pleurer… et pisser dans une bouteille plutôt que de devoir aller aux toilettes…

*10 jours pour pouvoir retoucher les 4 autres doigts de la main avec le pouce de la main gauche

*15 jours pour tenir un objet dans la main gauche, autant pour arriver à repasser le bras gauche dans la manche d’un pull

*3 semaines pour commencer à malaxer avec difficulté une simple balle en mousse ou une chaussette en boule

*1 seule sortie extérieure de 40 min de marche un des rares jour de soleil

*perte de sensibilité à la dernière phalange de l’annulaire gauche et instabilité mécanique flagrante de ce doigt, sans grande progression, ou très lente

*douleurs costales et abdominales persistantes

*arrive toujours pas à prendre une amie dans mes bras pour lui dire merci… ça c’est dure !

Social : (contacts non virtuels donc les seuls à avoir un sens)

En bientôt un mois en dehors du personnel médical et des parents ou grands-parents…

*s’est donné les moyens pour venir me voir : que dalle

*ai pu rencontrer de visu en me faisant déposé chez elle: 1 personne… Merci Fanny

*a prit son téléphone pour demander des nouvelles de vive voix : 6 personnes… dont 3 une seule fois

Merci Paupau, merci Louisa…

*non réponse à signes de vie et/ou expression d’un besoin relationnel important ou bottage en touche: j’ai arrêté de faire la liste… et je ne vous remercie pas…

(Spécial Award au “Allo?… Ha ba, là j’allais manger, c’est chaud… on se rappelle”

Sachant que ça faisait 3 ans sans signe de vie et que ça n’a jamais rappelé après…

Un best Of. Surtout allez manger quand c’est chaud, c’est le plus important…)

Conséquences psychologiques directes des 3 chapitres précédents :

Nuits passées en ayant pu trouver le sommeil avant 4h du matin : 4 nuits en 4 semaines.

Toujours froid même avec pull chaussettes et radiateur à fond, même sous la couette… du jamais vu, une découverte : c’est nul ! surtout sans radiateur à 37°C à coté de soi

Perte d’appétit et d’intérêt général… genre tout m’emmerde…

Volume lacrymal exsudé: non quantifiable… faut dire c’était pas le genre de la maison

Anxiolytiques et antidépresseurs en vente libre consommés jusqu’à ce jour:

*Amsterdamer Verte une vingtaine de litre,

*Cabernet-Sauvignon une dizaine de litre,

*Rhum 3L…

ce qui a permit de dormir les 4 nuits citées précédement, non sans effets secondaires.

Score de 30 au test de Hamilton, 34 à celui de Beck… Super ! Positive Attitude !

Conséquences ontologiques des chapitres précédents:

Sérieuses et radicales…

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4 thoughts on “Aïe ça pique !

  1. Sacré expérience! c’est des moments comme ça où effectivement on ne peut plus voir la vie pareil après…
    Malheureusement, je te suis totalement sur le bilan social, quand tu te retrouves dans cette situation où tu espères… et qu’en fait non. Les autres n’en ont (en terme pas trop savants) absolument rien à foutre.
    Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, mais ce qui a faillit nous tuer est encore plus efficace!
    Carpe Diem!

  2. Pingback: 8 kilos dans le sac à dos? | Te Araroa Super-Tramp

  3. Pingback: Gear / Matériel n°3: les vêtements… la garde robe | Te Araroa Super-Tramp

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