Je ne sais pas où je vais…

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Me voici à 1 mois du départ, et cela fait un an tout juste que je prépare le Te Araroa. Cela fait donc un année qu’il ne se passe pas une journée sans que mon cerveau ne soit en partie dédié à ce projet.

J’ai écumé les blogs de mes prédécesseurs, épluché le guide papier, repris la carto, kilomètres après kilomètres, retraité la trace GPS point par point. Depuis l’automne dernier j’ai le parcours dans la tête, j’ai des images à l’esprit, de lieux qu’il me semble connaitre sans y avoir jamais mis les pieds…

J’ai créé ce blog, rassemblé mes expériences passée, les plus de 100 articles quotidiens écrits en Sierra Leone il y a 5 ans, mes carnets de randos en France durant les 4 dernières années, contacté pas mal de monde pour avoir des infos, des ristournes, des conseils, des contacts, du matos.
J’ai été le premier surpris à recevoir de l’aide financière de vous via Babeldoor, encore 1000 merci, être lauréat de la bourse Labalette, recevoir une aide matérielle de différents sponsors…

Mais le premier et vrai basculement fut le jour de réception du Visa. Étrangement du jour au lendemain, je suis passé d’une réalité théorique à un état de fait: “Là, ça y est, ça se concrétise”. Et dans la foulé, le billet d’avion. Point de non retour. A ce stade plus vraiment de marche arrière, l’administratif que j’avais repoussé durant plusieurs semaine était fait. L’engagement financier avec.

Pour la première fois la prise de conscience que ce projet devenait réalité. Et pour la première fois la question:

“Est ce que je sais vraiment dans quoi je me lance là?”

Sincèrement non. J’ai eut beau anticiper, prévoir, imaginer, planifier quasi-quotidiennement depuis des mois. Non, je crois que je ne sais pas très bien dans quoi je me lance. On ne peut se faire de projections mentales qu’à partir de notre vécu antérieur… et rien ne ressemble à ce projet. Si j’ai pu passer plusieurs fois déjà 1 mois d’affilé seul dans la nature avec le sac sur le dos, rien ne laisse présager de ce que peut être 4 à 6 mois de marche en solo, avec de longues étapes loin de tout et d’une diversité de paysage, de climat, de relief aussi importante.

Est donc apparue avant l’été la première… disons angoisse. Pas une peur, pas vraiment un doute. Juste un état intérieur mettant en lumière que je me lançais dans quelques choses dont je ne maitrisais pas tout. Que vivrai-je? Qui rencontrerai-je? Comment réagira mon corps? Quelles difficultés se mettront en travers de mon chemin? Comment y réagirai-je?

“4 à 6 mois”… Le temps que j’avais passé en Sierra Leone, le temps que j’avais passé à préparer ce périple… Je commençais à réaliser la longueur, la durée de l’aventure.

Je sondais mes états intérieurs. Avais-je peur? Avais-je des doutes? Etait-ce de l’angoisse? Rien de cela. Une excitation, une attente, un bouillonnement intérieur. La prise de conscience de l’engagement personnel, de la durée, des difficultés qui m’attendaient. Mais également l’impatience de l’inconnu. De ce que je vivrai, des rencontres, des imprévus… et surtout de me retrouver face à moi même.

Je n’ai finalement aucune idée de ce que je vais vivre, de comment je réagirai, psychologiquement et physiquement à ce qui m’attend. C’est cela qui bouillonnait en moi. Cette impatience de vivre à nouveau un expérience fondamentale, ontologique, quelque chose qui me pousserait à aller à la rencontre de moi-même, me retrouver face-à-face avec moi, à aller au-delà de ce que je suis, me pousser au dépassement. Tout simplement vivre quelque chose de particulier, d’important, pour moi.

Je crois qu’alors, et durant les 3 derniers mois, je n’étais déjà plus là. Une partie de mon esprit n’était plus du tout à ce que je faisais. J’observais un détachement progressif. Une partie croissante de mes pensées n’étaient plus dédiées qu’à ce projet, à sa préparation, à une préparation intérieure…

“Pourquoi est ce que je fais ça?”

J’ai l’impression que c’est la question incontournable que les gens te posent, et que tu réalises ne te l’être jamais posé à toi même jusque là…

Quand ai-je pensé pour la première fois à ce projet? Il y a un an et demi peut être… Je cherchais durant le printemps une nouvelle rando au long court à préparer. J’avais fait les Alpes, les Pyrénées, j’avais gouté au Tour de Bretagne. Clairement j’avais besoin de montagne, de difficulté, d’un peu plus que ce que j’avais fait jusque là… J’avais cherché les plus longs Trail. Il y avait les Trail sur le continent Américains… ceux aux USA particulièrement… mais étant dans l’hémisphère nord, il ne pouvaient pas m’occuper l’hiver…
J’avais songé bien avant cela de faire tout l’arc Alpin par la Via Alpina (http://www.via-alpina.fr/fr/) … Mais ça aussi nécessitait de prendre un printemps et un été… hors j’ai de quoi m’occuper durant cette saison, c’était surtout pour fuir l’hiver que je cherchais un tel projet.

Est-ce vraiment juste pour cela? Faire un peu plus que jusqu’à lors? Fuir les affres de l’hiver?
C’est peut-être une des raisons. Mais un tel projet me semble avoir des justifications et des motivations plus profondes. Nos choix et décisions sont loin d’être guidés par des motivations objectives, rationnelles… en surface surement, a posteriori presque systématiquement….

Mais en réalité les motivations sont bien plus subjectives, elles sont cachées, ou plutôt invisibles en première lecture. Elles sont cohérentes avec une réflexion, une évolution intérieure. Tout cela procède d’une dialectique. Il faut se regarder en prenant du recul, tenter de se regarder de loin, de se mettre en perspective…

Qui suis-je en ce moment? De ce que j’étais il y a quelques mois, quelques années, quelle est mon évolution actuelle? Quels choix ai-je fais? Qu’ai-je vécu depuis quelques temps? Quels impacts et influences les rencontres, les choix, les évènements de ces dernières années m’ont poussé à prendre cette direction, à faire ce choix, à me lancer dans un tel projet?

Cela fait 3 mois que cette réflexion à germer dans mon esprit. Lorsque j’ai pris vraiment conscience de ce qu’était ce projet. Voilà pourquoi une partie de moi même n’était plus là depuis 3 mois. Pourquoi il me semblait être distant, détaché… Une partie de moi se tournait vers l’intérieur. J’étais et je suis déjà là-bas…

Pas à 20 000km, pas dans les montagnes, dans l’eau des rivières, ni dans la boue des forêts profonde, ni sous la pluie ou bien même sous les étoiles…

J’étais et je suis déjà là bas, là où je vais passer ces 4 à 6 mois en réalité: avec moi, côte à côte, face à face…

Il m’a fallu 3 mois pour commencer à entrevoir les raisons de ce choix, je commence à avoir quelques pistes, de bonnes hypothèses… ce n’est qu’un premier jet, mais je crois commencer à percevoir les forces qui sous-tendent cette décision.

Cet article ressemble un peu dans sa démarche et dans sa forme à ce que j’écrivais en Sierra Leone… et je n’ai pas écrit depuis… Je crois que ce n’est pas un hasard non plus…

Je pense pouvoir bientôt expliquer le “Pourquoi?”… juste un peu de patience

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