Lower mangatawhiri to Hamilton: ~800km… faim, fatigue mais content

6/11 – J28 : 22 jours de marche + 6 jours de repos – Bivouac km 707 (14km)

Départ a 9h pour une première heure de montée bien raide dans le bush. Il a plu toute la nuit et ca continue.  Arrive sur la crête un panneau rappel que le Te Araroa n’est pas pour le randonneur du dimanche. Effectivement la trace est peu marquée, les lianes barrent le chemin et ne cessent de se prendre dans les pieds, le sac. Plus d’une fois c’est au couteau que je me fais le chemin. Les montées sont éprouvantes, de vrais marches de terre glissante. Les descentes demande une attention permanent pour ne pas glisser et tomber. Il faut poser les pieds avec précaution, planter le bâton, se tenir aux troncs souvent. par endroit la trace disparaît. Il faut garder un oeil attentif pour deviner dans la végétation le passage qui semble le plus ouvert, garder en tête la direction générale et la topographie du parcours a partir de la cartographie pour être certain d’être dans la bonne direction.
A 14h je sors enfin de la foret. J’ai parcouru ces 6km en 5h. Faites le calcul: 1200m par heure, soit 20m par minute… comme courir le 100m en 5 min… faites des recherches, c’est presque 2 fois moins vite qu’une araignée.
Psychologiquement je suis exténué. Ca se lit sur mon visage. Je suis épuisé de faire attention a chacun de mes pas.
Quel bonheur enfin de sortir du bush, de retrouver l’herbe grasse des prés et des collines. De jeunes veaux font la sieste dans l’herbe. Je fais une pause le long de la rivière mais en quelques seconde mes jambes sont attaquées par une nuée de sandflies… je repars. Apres quelques kilomètres de route, je passe sous un pont de l’autoroute qui enjambe la rivière. Je suis alors celle-ci du haut d’une digue. De gros embâcles sont la preuve de la furie des eaux. Aucune pluie n’est prévue cette nuit quand bien même de gros cumulo nimbus se forment a l’horizon, loin de moi et dans la direction opposée.

J’ai faim. Depuis mon départ d’Auckland j’ai faim toute la journée. J’ai pourtant les mêmes rations alimentaires quotidiennes que depuis le début de mon aventure: Petit dej avec lait en poudre et céréales, fruits secs et barres de céréales le matin. Pain a pita et fromage vers 14h, soupe et nouilles chinoises le soir… Mais depuis quelques jours, a 16h ne n’y tiens plus et tape dans le stock de pain et fromage du lendemain. A 19h, j’ai faim a nouveau. Il me reste 50km avant Huntly soit 2 jours de marche avant le prochain ravitaillement. Je n’ai plus de quoi manger le midi, en 3 jours j’ai mange mes rations. Tant pis, je taperais dans mes réserves de nourriture du soir. J’ai 7 jours de nourriture pour cette section de 5 jours. J’ai a peine fait 15km dans la journée et je suis totalement cuit.

La lumière de fin de journée est magnifique, le paysage également. Devant mois ce que je crois être des oies s’envolent a chaque fois que je crois me rapprocher assez pour les observer.  Un livre s’enfui a mon approche. Se tapie dans l’herbe. Se redresse les oreilles levées, se tapie a nouveau, repars en bondissant… Je ne sais si c’est la fatigue ou la beauté du moment mais l’émotion me submerge et je suis a fleur de peau, non pas triste mais dans un bonheur extatique , comme hyper-sensible a l’instant présent…

Arrive au détour de la rivière, la digue et le bois sur l’autre rive m’offrent un abris contre le vent. Je décide d’y planter ma tente. A peine celle-ci en place, que ceux qui me fuyaient il y a peu de temps approchent pour observer l’intrus. Ce ne sont pas des oies mais des cygnes noirs. A contre jour et a bonne distance je n’avais pas vu leur long cou en forme de demi coeur. Je tente de m’approcher mais ils fuient a ma venue. J’explore les alentours de mon campement en suivant le cours d’eau. Derrière un arbre couche entre les deux rives, des bruits des mouvements. A travers les branchages je découvre un cygne et une jeune au plumage encore gris. La femelle m’aperçoit, je fais alors demi tour afin de les laisser en paix. Au bord de la berge, un remous dans l’eau. Un énorme poisson orange telle ces cartes des bassins japonais fouille la vase…

Au dessus de moi passent de nombreux oiseaux: canards, héron, oies… C’est incroyable comme chacun a sa propre façon de voler en fonction de l’espèce. Avec l’habitude, même a contre jour, on arrive a discerner de qui il s’agit.

Durant la nuit, la pleine lune éclaire comme en pleine journée, les oiseaux sont en balade et au milieu de mon sommeil, je suis réveillé par leur gloussement. Je crois que les signes ont brave leurs craintes pour inspecter de plus près qui passe la nuit sur leur repère. Leurs gloussement durent un peu trop a mon goût. Je leur lance un “Bon c’est pas finit ce bordel la!” . Je les entends prendre la poudre d’escampette et me rendors dans le calme.

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7/11 – J29, 23 jours de marche + 6 jours de repos – Bivouac km 728 (21km)

A peine plus de 20km aujourd’hui. J’ai l’impression de ne pas avancer. J’ai du marcher quelques kilomètre le long de la voie rapide, ou autoroute, le trail sur l’ile du nord n’est décidément pas encore bien finalise. J’ai longe la magnifique rivière Waikato, croisant a nouveau des lièvres, un faisan, de nombreuses vaches et autres taurillons tous ravis, ou surpris ou intéressés de me voir passer. Cependant a de nombreuses reprises il m’a fallu traverser leur prés en passant au dessus de clôtures. Hors une demi douzaine de jeunes taureaux m’ont semble moins bienveillant que les autres a mon approche et j’ai du sauter une clôture a la va-vite après avoir balancer mon sac a dos et mes bâtons au dessus des fils de fer. C’est en me tirant précipitamment a une branche d’arbre pour passer au dessus de la clôture électrique que j’ai entendu craquer dans l’épaule droite… ouch… je crois bien m’être fait mal

La rivière Waikato et large et belle. Le courant est fort. Je ne croiserai personne aujourd’hui encore… comme depuis mon départ d’Auckland. Du coup je déconne un peu avec mes amis en chemin:

La rivière Waikato est la plus longue du pays, c’est un endroit historique de la lutte des Maoris contre les anglais… une autre façon de dire que c’est par ici que les résistants a l’envahisseur anglais se sont fait joyeusement massacres.
En cette fin de journée, le vent froid souffle très fort. J’aperçois une colline plantée de conifère. L’endroit me semble parfait pour y trouver une protection contre le vent. J’ai eut l’occasion de faire le plein d’eau pour le bivouac mais je ne trouverai pas de quoi faire un brin de toilette ce soir. Je pose la tente sous le couvert d’une sapinière qui sera parfaite pour la nuit.

Je dîne et me rend compte qu’une fois celui-ci termine j’ai toujours faim. Décidément, quelques changement physiologiques doivent être en train de s’opérer.

8/11 – J30, 24 jours de marche + 6 jours de repos – Camping Huntly km754 (26km)

Je me lève tôt pour arriver tôt cette après midi a Hutly. Les premières lueurs du jour pointe a peine lorsque je sors le nez de ma tente. Une ambiance incroyable enveloppe le bois. Un brouillard dense tel du coton est tombe dans le vallon. Les premiers rayons du soleil renforcent encore l’ambiance extraordinaire de l’instant. Cependant une odeur particulière flotte dans l’air, de ces effluves indéfinissables que l’on sent parfois dans les grandes villes. Je connais cette odeur, elle embaumait la ville de Lyon quand j’y faisais mes études. Je fais 2 paries pour la journée. Tout d’abord je suis convaincu que je trouverai a Huntly une usine petrochimique, un torcher ou je ne sais qu’elle autre affreusete. Deuxièmement et contrairement a la météo qui prévoyait de bonnes pluies aujourd’hui, je suis convaincu du contraire, je parie ma doudoune en plume qu’il va faire un grand ciel bleu et un soleil du diable…

En quittant la sapinière, un opossum surprit grimpe avec une étonnante aisance en haut d’un tronc. C’est la première fois que j’en vois un vivant… j’en avait vu d’autre en chair et en os mais un peu raplapla, sur le bitume des routes. A 13h je ne marche que depuis 5h mais je suis claque. j’ai faim, je suis crevé… je n’avance pas. Je fais des pauses régulières de plus en plus souvent et de plus en plus longues. Depuis mon départ d’Auckland je ne fais plus qu’une vingtaine de kilomètres par jour, même sur de plat je suis crevé. J’ai toujours faim…

Je remporterai mes deux paries. Non seulement le soleil a bien tabasse, mais arrive a Huntly c’est une énorme usine électrique a combustion sur le modèle américain qui trône la. A 25km de la on en percevait déjà l’odeur.

Je file tout droit acheter a manger. A 17h je m’enfilerai une pizza avec son scandaleux rab de fromage, pour me refaire a dîner de la viande et des pâtes a 20h.

En début et en fin de journée, quand les muscles sont froids j’ai mal a l’épaule droite et je dois faire attention en m’appuyant sur mon bâton. La journée tout va bien. Je prends un temps important ce soir a faire des étirements et pas que les jambes, le dos, les épaules et la nuque… Je devrais arriver a Hamilton dans 2 jours.

9/11 – J31, 24 jours de marche + 6 jours de repos – Hamilton suburbs km 789 (35km)

Je pars tôt a nouveau. La matinée me semble longue et laborieuse comme les jours passes. Cependant en arrivant a 13h a peine a la petite ville ou je pensais m’arrêter en fin de journée je me dis que finalement je pourrais arriver a Hamilton ce soir. J’ai fait une douzaine de kilomètre, il en reste bien une grosse vingtaine… Allez, je me dis que c’est faisable, c’est tout plat, c’est de la campagne ou du bord de route… et si je n’en peu plus en fin de journée, je trouverai bien un bus ou une voiture pour m’amener au centre ville. J’avance alors subitement très vite… je crois que le gros repas d’hier soir apporte enfin le carburant qui me manquait. Vers 16h j’ai parcouru une grande partie du chemin. A 10km de la ville j’arrive dans un immense zone de commerce, c’est désormais de la route, de gigantesques hangars, des hypermarches… Quand soudain une voiture s’arrête a ma hauteur. Le chauffeur me demande si je veux monter, si j’ai besoin de faire du stop… Je lui dis a priori que non, mais il a une bonne tête et un coup d’œil a la montre me fait me dire que ces 10 derniers kilomètre le long de la route n’ont rien d’extraordinaire. Cette voiture est la bienvenu, le conducteur amicale et joyeux. Il ne faut pas refuser ce qui s’offre a nous. Ce soir je dormirais dans un lit et pourrait me faire une vrai cuisine….

Arrivée a Hamilton après un mois déjà sur le Trail, 24 jours de marche pour 800km, une énorme moyenne quotidienne. Pas une ampoule. Je vais prendre quelques jours de repos ici.

La suite du programme s’annonce sauvage:

Monter au sommet d’une montagne dans le bush, 4 jours de marche avant la prochaine trace de civilisation pour refaire le plein de nourriture avant 8 jours perdus dans la foret au milieu de nulle part avant d’atteindre Taumarunui…

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